La Voie Qadria

Fondé par Cheikh Abdoul Ghadiri Jiaylani, la Qadria est la voie la plus ancienne introduite dans le Fouta. Après les

premiers conquérants, elle fut peu développé chez les Peuls. Par contre les Diakankés, sous la direction

de Karamba Gassama de Touba, qui fut initié avant son arrivée dans le Fouta, en furent des adeptes fervents.

Le Groupement de Touba

De Dienné où il avait fait ses études religieuses, Karamba Gassama était d'abord venu à Kankan, puis à Timbo.

Sur l'autorisation de l'Almamy et de l'Alfa mo Labé, il fonda le village de Touba Bakoni, dans le Woora (Mali). Mais

par suite des incursions que ses voisins tandas faisaient dans son village pour tuer ses talibés et piller leurs biens, il

dut abandonner ce village et s'installer dans le Binâni (Gaoual) où il créa un nouveau village qu'il appela encore

Touba.

Il y mourut à l'âge de 89 ans. Il laissa 12 enfants dont le sixième, Mamadou Taslimi, hérita de sa science et resta

fidèle à la Qadria, qui fut adoptée par tous les élèves de son école. Cet héritier fut, comme son père, un savant et,

sous son autorité religieuse, la Qadria fut aussi florissante qu'à l'époque du défunt. Lors d'un voyage qu'il effectua

dans le Sahel, il reçut une confirmation de son affiliation par Cheick Abdoul Latif Kounti ainsi que par Mohamed

Khalif, fils de Cheick Sidia el Kabir de Trarza (Mauritanie). A la mort de Mamadou Taslimi, le plus brillant de ses

fils, Karamoko Koutoubou prit sa succession.

Né vers 1830, Karamoko Koutoubou, du nom arabe Abdoul Gadiri, reçut de son père l'initiation à la Qadria. Il quitta

Touba une seule fois, en 1860, pour un voyage en Mauritanie où il fut confirmé par Cheick Sidia el Kabir. A son

retour à Touba, il lança une grande campagne afin d'élargir les horizons de la Qadria et, grâce à ses connaissances

et ses vertus, le rayonnement de son Wird grandit. Tout les étudiants et les Dioula colporteurs s'y affilièrent et Touba

prit un essor remarquable pour devenir la ville sainte de la région. C'est depuis que le marabout fut surnommé

Karamoko Koutoubou (pôle d'attraction). Il mourut en 1905, laissant neuf enfants ; c'est le second, Mamadou

Taslimi, surnommé Karamoko Sankoun, qui le remplaça à la tête de la confrérie et hérita de son influence spirituelle.

Karamoko Sankoun fit ses études auprès de son père Karamoko Koutoubou qui lui donna un enseignement très

solide. Dès la fin de ses études supérieures, il ouvrit une école à Touba ; et depuis, son père se reposa sur lui et lui

confia les cours qu'il donnait à ses talibés. Sa réputation de savant et de maître incontesté ne cessa de grandir dans

tout le Fouta. Les habitants de Touba se réjouirent d'avoir un successeur aussi vaillant et aussi digne pour continuer

l'oeuvre de leur vénéré maître, Karamoko Koutoubou.

Karamoko Sankoun reçut l'initiation à la Qadria des mains de son père et après la mort de celui-ci, il rendit visite à

Cheick Sidia en Mauritanie, avec le désir de faire confirmer cette initiation. Il obtint satisfaction et à son retour à

Touba, il reprit la distribution du Wird à tous ceux qui venaient à lui. Dans le Touba et dans les environs immédiats

de la Casamance, de la Gambie et de la Guinée portugaise, la Qadria se répandit.

Karamoko Sankoun, comme son père, eut de très bonnes relations avec Alfa Yaya, roi du Labé, auquel ils servirent,

tous deux, de conseillers. Ils usèrent de leur influence religieuse pour s'entremettre dans les conflits entre le roi et

ses sujets. Aussi, Alfa Yaya leur témoigna-t-il un grand dévouement et une sincère amitié.

Mais, en 1910, Karamoko Sankoun fut compromis dans l'affaire du Wali de Gomba. Il fût arrêté le 30 mars 1911

avec plusieurs parents pour être interné à Port Etienne (actuellement Nouadhibou), en Mauritanie, où il retrouva son

ancien ami, Alfa Yaya et son fils, qui l'y avaient devancé, ainsi d'ailleurs que les anciens talibé du Wali de Gomba.

Ensemble, ils formèrent une petite colonie d'exilés dont la direction religieuse fut confiée a Karamoko Sankoun.

L'arrestation de ce maître porta un coup sérieux à la Qadria qui connut un net recul. La Tidjania introduite au Fouta

finit par s'imposer et, en peu de temps, les Diakankes restèrent seuls fidèles à la Qadria.